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Editorial de F. Jarraud, du Café Pédagogique, le 28 janvier 2010

Lycée : Le ministère n'a pas su échapper à l'empilement et l'encyclopédisme

Les nouveaux programmes du lycée ressemblent, par l'empilement des connaissances, à leurs prédécesseurs. Ils contrastent avec des enseignements d'exploration beaucoup plus ouverts sur les compétences et le projet.

 

S'il est une caractéristique du système éducatif français c'est l'existence de programmes nationaux, leur définition contraignante et la volonté encyclopédique qui les anime. Fruits d'une éducation nationale, les programmes scolaires s'imposent à tous les établissements du nord au sud du pays en termes officiellement identiques. En l'absence de toute grille solide de compétences, ils s'imposent comme le guide de ce qui sera réellement délivré dans la classe. Officiellement ils laissent à l'enseignant la liberté de les traiter. Mais, de fait, leur masse influe sur la démarche pédagogique et cet effet est accentué par des indications horaires. Du nord au sud du pays, chaque enseignant a un nombre d'heures défini pour aborder un thème précis qui n'est toujours légitime que par rapport à  l'histoire d'une discipline scolaire.

 

La réforme du lycée n'a pas rompu avec l'empilement des connaissances. Plutôt qu'aborder un nombre défini de situations problèmes qui seraient étudiées de façon approfondie, les programmes additionnent des savoirs de façon à couvrir la totalité des savoirs d'une discipline scolaire et satisfaire ce faisant toutes les catégories de spécialistes. Bien loin de rompre avec cet esprit, les nouveaux programmes de lycée renforcent cette tendance. Ainsi les programmes d'histoire de seconde étaient conçus par rapport à une citoyenneté européenne en construction et consistaient en une série d'éclairages précis sans continuité chronologique : la citoyenneté athénienne, la naissance du christianisme, la Renaissance, la Révolution et ses suites. Les nouveaux programmes ressemblent fâcheusement à un résumé des années collège. On passe d'Athènes à Rome, de la chrétienté médiévale à l'époque moderne, de celle-ci à la Révolution et au début du XIXème. On a ainsi "refait" le programme du collège, comme si les élèves n'y avaient pas appris grand-chose et qu'il fallait tout recommencer. Et ce voyage de près de 2500 ans est à faire en 49 heures (devoirs inclus) à travers des thèmes encyclopédiques. Difficile d'échapper au cours magistral. Qu'on ne pense pas que la géographie rattrape cette évolution. Le programme de géographie invite, par exemple, à traiter en 3 heures des thèmes aussi facile que "nourrir les hommes"…

 

Quelle cohérence avec les enseignements d'exploration ? Les enseignements d'exploration s'inscrivent exactement à l'opposé des enseignements du tronc commun. Ainsi pour "littérature et société" il est question de co-disciplinarité. Le cours magistral est précisément écarté. Les élèves doivent être "mis en activité" et le programme décrit des compétences à développer. On parle de "domaine d'exploration" et de "situation de travail". L'élève va donc se trouver dans un lycée qui pratique une pédagogie singulièrement incohérente.

 

Les nouveaux programmes sont restés fidèles à la tradition magistrale et encyclopédique pour tous les enseignements à coefficient important. S'il est à la mode aujourd'hui de critiquer certaines difficultés liées aux méthodes actives, il faut quand même rappeler que l'enseignement magistral pénalise beaucoup d'élèves et singulièrement les élèves de milieu défavorisé. Il augmente l'ennui, le sentiment de ne pas pouvoir y arriver et la tentation du décrochage. En mettant les élèves en situation passive, les nouveaux programmes ne les rendent pas "acteurs de leur éducation" comme le proclame la brochure ministérielle. Ils ne les préparent pas aux compétences qui leur seront nécessaires dans l'enseignement supérieur. A la tête bien faite que sa tradition culturelle devrait l'inviter à privilégier, le système éducatif français a préféré la tête bien pleine.

 

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